Formation des enseignants à Genève : la méprise et le mépris
Le débat fait rage, et ne fait que commencer, sur la formation des enseignants à Genève. Après avoir obtenu le retour des notes, des moyennes, des degrés annuels avec redoublement, les détracteurs de l’école publique s’attaquent maintenant à la formation initiale des enseignants.
Lu dans la Tribune de Genève, une interview de Jacques Follonier, député du parti radical qui a déposé un projet de loi pour créer une Haute Ecole Pédagogique en lieu et place de l’actuelle Licence Mention Enseignement de l’Université. Je ne m’étonne pas que ce parti saute sur l’opportunité politique de démontrer une fois de plus leur mépris et leur méconnaissance du système scolaire genevois, comme ils l’avaient fait lors du débat sur les notes en 2006 avec leur contre-projet.
Là où je suis plus dubitatif, c’est en lisant les propos de Monsieur Follonier dans cet article. Il commence par affirmer que les enseignants primaires d’aujourd’hui
ont besoin «d’un enseignement avant tout pratique. On leur demande d’apprendre à lire et à écrire à nos enfants. Cela ne nécessite pas un master».
Traduction : arrêtez de nous faire croire que l’enseignement est un métier compliqué qui demande une formation autant didactique que pédagogique, si vous avez une bonne orthographe et que vous aimez les enfants ça suffit.
Méprise et mépris, Monsieur Follonier, avec de telles considérations vous montrez que vous n’avez aucune idée de la réalité de ce métier, et vous faites comprendre à ceux qui le pratiquent au quotidien qu’ils ne méritent pas d’être suffisamment formés. Oui « suffisamment », car à brandir à tout va l’argument de l’harmonisation avec les autres cantons (tous munis d’une HEP et d’un bachelor de 3 ans), vous en oubliez d’écouter ce que disent les directeurs de ces HEP eux-mêmes ! Page 18 de leur rapport annuel 2007, on peut lire :
« Selon la COHEP, il serait judicieux de prévoir une formation de master pour toutes les catégories d’instituteurs primaires, car il s’est avéré qu’une formation de bachelor en trois ans était insuffisante pour enseigner aux différents degrés de l’école obligatoire. »
Pourtant, Monsieur Follonier, vous vous posez en défenseur de la qualité de l’enseignement ! Car dans le même article, lorsque le journaliste vous parle du coût élevé d’une HEP, vous vous offusquez :
» Je suis choqué ! Pour l’école primaire, l’argent ne devrait pas être un problème. Il s’agit des fondations de la maison ! ».
Des fondations que vous et vos collègues de la droite vous acharnez à saper en réussissant le tour de force à Genève, patrie de Jean Piaget, de jeter le discrédit et la méfiance sur les pédagogues.
HEP ou pas, vous risquez bien d’obtenir, ces prochains mois, que Genève s’aligne sur les autres cantons avec une formation en 3 ans, alors même que tous ces autres cantons rêveraient de voir Genève maintenir une formation en 5 ans pour pouvoir s’en réclamer. Et lorsque vous aurez réussi à chasser toute pédagogie de l’école publique, au mépris de tous les résultats des recherches en Sciences de l’Education, lorsque notre école sera devenue plus élitiste encore qu’il y a 30 ans, peut-être vous retournerez-vous encore sur les enseignants pour les traiter d’incompétents…